Après deux années sans nouvelles de Roland HALBERT, deux ouvrages signés par le poète paraissent en 2020 : l’éblouissant CANTIQUE DE CARAVAGE, accompagné d’un recueil devingt-cinq haïkus, DU FRUIT DÉFENDU ; les deux livres sont publiés aux éditions FRAction. Roland HALBERT a forgé le concept de « poésique » pour qualifier les liens étroits qui dansson œuvre se tissent entre poésie et musique. Mais « plastésique » serait tout aussi juste, tant le poète crée l’osmose entre les arts plastiques, les arts visuels, et les mots.

DU FRUIT DÉFENDU se réfère à la fameuse huile sur toile intitulée Corbeille de fruits,peinte vers 1598 par Caravage ; exposée à la pinacothèque ambrosienne de Milan, elle est reproduite en couverture. Source d’inspiration pour le poète, le tableau, que l’histoire de l’art rangerait dans la catégorie des natures mortes (si vivantes, pourtant !) ou des Vanités, sert de catalyseur aux vingt-cinq haïkus publiés en deux versions, française et anglaise.

On admire d’emblée la typographie, parfois facétieuse. Ainsi les seins de gelée de coings prennent une forme arrondie. La longue file d’attente s’étire sur tout l’horizon de la page. Une bande noire sur laquelle se détachent des lettres blanches rappelle le clair-obscur ducélèbre peintre. Roland HALBERT ne cesse de renouveler l’agencement des mots quicomposent le haïku dans l’espace du rectangle de papier. On se souvient d’un précédentrecueil du même auteur, paru en 2011, chez le même éditeur, Roue des cinq saisons suivi deEntrée + Plat + Dessert. Les « nourritures terrestres » y étaient déjà magnifiées, et singulièrement les fruits, qu’il s’agisse de feuilleté de fraises, poire au chocolat, bananes flambantes, quetsches au tilleul ou melon en soleil.

Quant à la musique, elle sourd des sonorités, mais les allusions n’y manquent pas non plus, par exemple, l’offrande musicale du merle noir, ou encore :

Salade de fruits/ des quatre saisons/ Vivaldi en bouche.

Si Roland HALBERT s’attarde à contempler un tableau surgi d’un lointain passé, le poète l’ancre dans notre époque, non sans ironie :

Pour donner du goût/ à ces figues fades/ un doigt de/ Roundup !

Il croque avec le sourire nos travers mondains :

Vernissage/ moins de succès pour les toiles/ que pour le foie gras !

Sensible à la misère, au manque, il campe clochards, chômeur, ou bien foule affamée devant la banque alimentaire. Alternent allusions contemporaines à l’humour léger :

Deliveroo…/ Où le vent va-t-il livrer/ ce parfum de fraise ?

et les haïkus qui s’inscrivent dans une perspective éternelle :

Devant la corbeille/ blonde,/ je ressens soudain/ la rondeur du jour.

Symbolisée par le ver dans le fruit, la brièveté de la vie n’est pas oubliée :

Sous son nom plaisant,/ la poire de bon-chrétien/ cache… un asticot !

DU FRUIT DÉFENDU… à savourer sans modération ! Le recueil petit format– poésie grande ! – se love au cœur du splendide ouvrage consacré à Michel-Ange MERISI,LE CANTIQUE DE CARAVAGE ou LA SEULE GLOIRE DE LA COULEUR.

Marie-Noëlle HÔPITAL

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